Peut-on détecter le mensonge par le regard ?

« Sur quoi fondez-vous votre jugement pour dire que quelqu’un ment ? » Cette question a été posée dans une étude internationale menée par Charles Bond et examinant les réponses données dans 58 pays différents.

Résultat : la croyance la plus répandue, mais paradoxalement la plus fausse, est le fait que «détourner le regard» serait un indicateur du mensonge.

Mais au-delà du simple fait de détourner le regard, une analyse plus fine des mouvements oculaires ne pourrait-elle pas révéler des informations sur ce que pense véritablement une personne ? En d’autres termes, est-ce que les yeux ne seraient pas bien, dans une certaine mesure, “le miroir de l’âme” ?

PNL et Synergologie© : la théorie des 4 quadrants

Les adeptes de la Programmation Neuro-Linguistique (ou PNL) et les synergologues poussent l’interprétation du regard encore plus loin et affirment que “le mouvement des yeux est découpé en 4 quadrants”, ayant chacun une signification spécifique.

Ainsi, lorsqu’un “droitier” (les quadrants sont censés être inversés pour les gauchers) regarde :

  • A droite, alors cette personne est en train d’imaginer, de construire une image ou un dialogue
  • – A gauche, qu’il se remémore au contraire un événement réellement vécu

Ce découpage provient de l’hypothèse faite par les synergologues que les yeux “regardent” la zone du cerveau activée lorsqu’une personne imagine ou au contraire se remémore un événement.

Par application de cette théorie, une croyance couramment répandue chez les policiers et autres professionnels devant évaluer la crédibilité de témoignages est qu’une personne répondant sincèrement à une question est censée détourner son regard vers la gauche si elle se remémore une scène réellement vécue.

Cette théorie n’affirme donc pas que “détourner le regard” est un signe de mensonge, mais que dans certains contextes où un mensonge serait révélé par le fait qu’une personne “imagine” une scène au lieu de s’en rappeler, alors la direction du regard serait un indicateur fiable du mensonge.

Des applications potentielles dans de nombreux domaines

On imagine dès lors l’intérêt et la puissance d’une telle technique, tant dans des domaines professionnels que privés :

  • « Où étais-tu hier soir à 21h quand j’ai essayé de t’appeler ? »
  • « Nous posons cette question avant d’embaucher tous nos employés, et ce n’est évidemment qu’une formalité : avez-vous déjà consommé des substances illicites dans votre vie ? »
  • « Vous devez être majeur pour entrer ici : quel âge avez-vous ? »

Les situations dans lesquelles ce genre de techniques simple d’utilisation seraient incroyablement utile, sont infinies.

Mais de toutes ces affirmations sur le regard et le mensonge, qu’en est-il vraiment ?

Des résultats peu concluants

En 2012, des chercheurs de l’université de Portsmouth ont décidé de tester cette théorie à travers 2 expériences :

  • 1. Dans la première, 204 voyageurs étaient interrogés dans un aéroport international au sujet de leur prochain vol. Tous les participants devaient répondre à deux questions : l’une honnêtement et à l’autre par un mensonge.
    Résultats : aucune relation significative ne fut trouvée entre la direction du regard et le mensonge.
  • 2. Dans la seconde expérience, 31 participants devaient parler de leur vrai métier dans un premier entretien, et prétendre exercer un autre métier dans un second entretien.
    Résultats : seuls 3 participants sur 31 (10%) ont effectivement montré les mouvements d’yeux prédits par la PNL.

Un risque pour les professionnels

De manière prévisible, une minorité de participants ont bien montré les directions du regard prédites par la PNL lorsqu’ils mentaient.

Cela implique que certains professionnels, qui croient et appliquent cette théorie de la direction du regard, se persuadent que celle-ci fonctionne bien puisqu’ils constatent qu’elle se vérifie de temps à autre.

C’est ce qu’on appelle le syndrome de “l’horloge cassée”, qui affiche la bonne heure deux fois par jour bien qu’elle ne marche pas.

Et c’est le grand danger de l’expérience empirique par rapport à l’analyse systématique : elle peut nous faire croire en des règles erronées.

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