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Prédire la santé d’un patient grâce au comportement de son médecin

Le seul traitement médical d’un patient suffit-il à déterminer ses chances de guérison ? Pas si sûr. A en croire une étude publiée dans la revue Psychology and Aging il y a déjà une quinzaine d’années, la communication non verbale du médecin aurait, à traitement égal, un impact significatif sur l’évolution de l’état de santé de ses patients. Tour d’horizon des comportements du médecin (dé)favorisant la guérison.

Dans les années 1980, un lien entre la satisfaction des patients vis-à-vis du style de communication de leur médecin avait déjà été mis en avant. Il a ainsi pu être établi qu’une communication soignée entre un médecin et son patient était associée à la fois à une augmentation du bien-être psychologique et à de meilleurs résultats biomédicaux du patient. Un manque de communication peut en revanche conduire à un mauvais suivi des directives médicales, voire à des litiges pour fautes professionnelles. Mais à y bien penser, à quoi tient véritablement une communication médicale jugée efficace ?

Existe-t-il un lien entre le comportement du médecin et l’état de santé du patient ?

En 2002, une étude visant à corréler plus précisément le comportement des médecins à l’évolution de la santé des patients a été menée par Nalini Ambady, Jasook Koo, Robert Rosenthal et Carol H.Winograd. Dans cette étude, 48 patients âgés de plus de 75 ans, se déplaçant de façon indépendante ou avec une aide jusqu’à deux semaines avant leur admission au Stanford University Hospital, ont été inclus. Plus spécifiquement, ces patients avaient tous récemment subi une perte de mobilité, et n’étaient plus capables de marcher 300 pas ou plus sans assistance.

Les patients ont démarré leur séances de thérapie physique dans les deux premiers jours suivants leur admission, et sont restés en moyenne 9,3 jours en tout à l’hôpital. Avec l’accord des deux parties, la première ou la dernière session de la thérapie a été filmée, mais la caméra n’était focalisée que sur le médecin.

Des mesures le jour de l’admission, à la sortie de l’hôpital et 3 mois après la sortie ont été prises afin d’évaluer les capacités physiques, cognitives et l’état psychologique des patients. Ceci a permis d’en déduire un taux d’amélioration entre le jour de l’admission à l’hôpital, le jour de sortie et 3 mois après la sortie, permettant ainsi d’évaluer l’efficacité du passage à l’hôpital.

Des prédictions possibles à partir de fines tranches de jugement

Médecin au comportement non verbal positif avec son patient

Médecin au comportement non verbal positif avec son patient

A partir des enregistrements réalisés pendant les séances de thérapies, trois segments de 20 secondes chacun ont été extraits au hasard de chaque vidéo d’interaction patient / médecin.

Ces extraits ont ensuite été visionnés par des juges non expérimentés (12 étudiants), sans bande sonore. Ces derniers devaient alors émettre un jugement sur la communication non verbale des praticiens selon 17 critères, à évaluer sur des échelles allant de 1 à 9. Par exemple, l’’attention accordée au patient, l’empathie du médecin, son enthousiasme, sa nervosité, etc.

Les extraits ne montraient par ailleurs que les patients de dos, de telle sorte à ne pas influencer les jugements des étudiants.

Souriez, vous êtes en train de soigner

Cette étude a mis en lumière plusieurs résultats fascinants sur la nature des relations entre patients et médecins.

En premier lieu, il ressort de cette étude qu’un comportement perçu comme distant de la part des médecins était un fort prédicteur d’une diminution des activités de la vie quotidienne des patients, que cela soit à court terme au moment de la sortie du patient de l’hôpital, ou à plus long terme, trois mois après sa sortie. Ces comportements distants étant notamment associés à des médecins peu souriants, restant assis à leur bureau ou regardant peu leurs patients.

De même, ces comportements distants du médecin étaient corrélés à plus grande confusion mentale et une plus grande dépression des patients à leur sortie de l’hôpital – bien qu’il ne semblait plus y avoir de lien entre le comportement des médecins et les capacités cognitives des patients trois mois après la sortie.

A l’inverse, des comportements affectifs du médecin, comme un simple sourire ou le fait d’acquiescer de la tête, avaient un impact positif sur l’amélioration de la santé physique et cognitive des patients. A court, ou à long terme. Une explication de ces résultats pourrait être que ces comportements positifs du médecin communiquent une impression d’empathie envers les patients, ce qui les rend en retour plus satisfaits de leur séjour en soin et participent de leur guérison.

Comme quoi, certains sourires valent vraiment de l’or.

Pensez-vous que le comportement d’un médecin puisse véritablement influencer votre état de santé, au-delà des soins médicaux ? Rendez-vous sur notre page Facebook pour partager votre avis avec nous.

Référence :

Ambady, N., Koo, J., Rosenthal, R., & Winograd, C. H. (2002). Physical therapists’ nonverbal communication predicts geriatric patients’ health outcomes. Psychology and Aging, 17(3), 443-452. doi:10.1037/0882-7974.17.3.443<

Crédit photo : Ilmicrofono Oggiono

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