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Premier débat de la Primaire de Droite : Top 3 des erreurs à éviter

Jeudi 13 octobre 2016 se tenait le premier débat de la Primaire de la Droite et du Centre. Opposant sept candidats à la Présidence de la République plus ou moins connus du grand public, ce format inédit et très cadré de débat a conduit à une prestation quasi-millimétrée et peu spontanée des candidats. N’empêchant pas, toutefois, aux candidats de commettre plusieurs erreurs de communication classiques de ce genre d’exercice. Retour sur le Top 3 des maladresses de ce premier débat.

 

En débat, ne jamais rien céder

Dans le cadre d’un débat contradictoire, l’objectif est de maintenir sa position coûte que coûte et d’empiéter au maximum sur celle de son contradicteur. La pire des choses est de lui concéder du terrain.

Lorsque le débat oppose plus de deux participants, d’autant plus lorsque ceux-ci sont par ailleurs « amis » dans un autre contexte (comme ici, le parti et leur famille politique), il est difficile de se démarquer en usant des habituels pivots clivant. Tout d’abord au niveau personnel, car les uns et les autres ont parfaitement conscience de leurs points communs, qu’ils ne peuvent donc renier ; mais également au niveau public, en ce qui concerne l’image qu’ils veulent donner : tous avaient en effet convenu de la nécessité de donner l’image d’une famille politique unie, ouverte au débat dans une bonne entente. Dans ces conditions, il n’est pas aisé d’affirmer sa position. Et ça n’a pas manqué : un indice verbal révélateur de cette difficulté est le nombre de points que chacun des participants a bien voulu concéder à un autre : « je suis d’accord avec vous », l’expression s’est entendue à de – très ! – nombreuses reprises.

Or, dans la logique du débat contradictoire, quand bien même il s’instaure entre « bons amis » politiques, céder un point à l’autre revient à se mettre en position d’infériorité par rapport à lui. Il est ainsi préférable de ne jamais dire « je suis d’accord avec vous », ce qui nous place en situation de « suiveur », mais plutôt ramener l’autre à soi, en déclarant : « vous êtes d’accord avec moi », « vous êtes d’accord avec cette proposition que je défends / qui est inscrite dans mon programme », « je suis ravi de constater que vous me rejoignez donc sur ce point », etc.

Cette simple formule permet de reprendre l’ascendant, plutôt que laisser son interlocuteur en position de dominant.

La technique est bien sûr applicable par tous, dans toute forme de débat ou négociation, ne relevant pas forcément du champ politique.

Identifier les passages ayant le plus de chances d’être repris

Dans le cadre d’un passage médiatique, l’intégralité du débat est rarement pris en compte. Un débat de plusieurs heures, c’est comme une course d’endurance : il faut gérer son énergie et ses efforts, il y a des hauts et des bas, des moments forts et des moments plus ou moins volontaires de relâche. Il est vain – et contre-productif – de chercher à mobiliser le maximum d’énergie pendant toute la durée du débat. C’est impossible, et le risque est de s’épuiser en vue du moment vraiment important, fatal. De plus, un propos pouvant passer quasiment inaperçu pendant le débat peut être monté en épingle dans les commentaires de presse qui paraîtront dès le lendemain, telle cette petite pique de Sarkozy à l’attention d’Alain Juppé par exemple.

Ce qui compte : être perçu comme fort, résolu et dynamique dans les passages qui seront extraits de l’émission, massivement diffusés et repris en boucle par les médias. Il faut donc savoir doser son énergie lors des séquences peu importantes, et se ressaisir lors des moments critiques. Il faut également pouvoir prévoir, ou anticiper ces passages spécifiques. Ils dépendent principalement du contexte immédiat et des grands débats d’actualité.

Par exemple : la séquence « judiciaire », le sujet faisant déjà le buzz et l’actualité médiatique préalablement au débat. La stratégie doit donc consister à doser ses efforts afin d’être particulièrement présent, actif et réactif lors de ces passages.

La séquence sur le judiciaire a été ouverte par Bruno Le Maire et son « exigence de transparence » qu’il prône dans sa campagne, et qui veut que tout candidat à une élection rende public son casier judiciaire. Carrément soupçonné de populisme ou de vouloir exagérément mettre dans l’embarras ses concurrents, Bruno Le Maire a correctement réagi en retournant immédiatement l’attaque : « Vous êtes sérieux Alexis Brézet ? », prononcé sur un air estomaqué. Mais le journaliste ne faiblit pas et reprend sa position dominante en exigeant : « Je vous en prie, répondez », ce sur quoi Bruno Le Maire s’exécute en argumentant posément. Alain Juppé était évidemment sur la sellette et ses propos durant cette séquence ont pu sembler laborieux, en contraste avec l’aplomb et l’attitude posée qu’il avait le reste du temps.

Mais c’est bien sûr Nicolas Sarkozy qui était attendu au tournant – et qui s’attendait donc lui-même à ce que soit posée aussi directement la question. François Fillon ouvre les hostilités avec une formule probablement méditée, se demandant si on pouvait « imaginer De Gaulle mis en examen ». La réponse de l’ancien président est plutôt bien élaborée, faisant valoir l’absence totale de condamnation dans le cadre de ses années d’engagement : « Mon casier judiciaire, après 37 ans de vie politique, est vierge. Je n’ai jamais été condamné ». Cette façon de faire valoir le passé pour se blanchir dans un présent immédiat est pour le moins malicieuse. Et d’ajouter « cinq non lieux », information d’ailleurs contestée par le Nouvel Obs, qui ramène le nombre à deux. Mais en gonflant volontairement ce chiffre, il amplifie par effet de contraste la calomnie comme la bassesse des attaques auxquelles il a donc dû faire face, et se place en position de victime qu’il faudrait presque plaindre et défendre. Une stratégie élaborée et suffisamment méditée pour être exprimée avec naturel et spontanéité dans le fil du débat.

Chaque débat et chaque contexte redéfinit les passages clefs. Il y a toutefois une séquence fondamentale à préparer méticuleusement pour tout débat : l’introduction. Il est toujours délicat de se lancer au début, quand personne d’autre ne s’est exprimé, car il est en effet plus aisée de répondre à quelqu’un, que ce soit un intervieweur ou un contradicteur, et de puiser dans les interventions précédentes la matière de ses propres interventions.

Se démarquer dès le début pour marquer les esprits

Une part essentielle de toute relation, de quelque nature que ce soit, se joue dans les premiers instants. Il y a d’une part la relation avec le public : celui-ci se forge une première impression déterminante dans le sentiment qu’il aura du candidat. Et ces premières impressions sont bien plus importantes qu’il n’y paraît : d’après une étude menée par Todorov en 2005 et plusieurs fois répliquée depuis, les premières impressions que l’on se fait, dans les 100 premières millisecondes d’exposition, d’un visage inconnu, prédisent les vainqueurs d’élections politiques…à hauteur de 70% ! [1][2]

D’autre part se joue également la relation entre les candidats, ou plus exactement leur positionnement les uns par rapport aux autres, qui aura un impact dans la suite des échanges et l’issue du débat. Cela peut se jouer en quelques instants à peine, bien avant les premiers mots prononcés. L’impression et la capacité à affirmer sa position se détermine prioritairement par le non verbal (posture, gestuelle et expressions du visage). Puis par le paraverbal (attaque vocale, rythme et débit, ton de la voix).

Dans le cadre de ce débat, la règle de la minute d’introduction maximum par candidat rendait en réalité impossible de développer quoi que ce soit sur le fond. « Dites-nous en une minute pourquoi vous voulez être président de la République » : impossible de répondre de façon satisfaisante à une question aussi complexe en un temps aussi court.

Cette minute aurait donc dû être utilisée plus judicieusement pour tout miser sur la « forme ». L’erreur plus ou moins faite par tous a en effet été de parler à toute allure pour tenir cette règle contraignante, ce qui a sans doute ajouté au stress inhérent à tout début d’émission TV en soi.

Résultat : des candidats semblant plus ou moins assurés et stressés.

C’est d’autant plus critique ici que certains candidats sont globalement inconnus du public avant l’émission (comme Jean-Frédéric Poisson) et que les pics d’audience ont généralement lieu en début d’émission. Même pour les autres, pourtant rodés à ce genre d’exercice, le format table ronde pousse nécessairement les spectateurs à évaluer et comparer les leaders des sondages directement entre eux.

Il aurait donc été préférable de parler moins, pour parler mieux. D’en dire deux fois moins, quitte à marquer un long silence avant de débuter sa prise de parole, pour imposer le respect et attirer l’attention, mais du coup pouvoir prendre le temps de prononcer ses mots introductifs deux fois plus lentement et sereinement, en la ponctuant de silences bien sentis. Tout cela, afin de donner une impression de maîtrise, d’une part, et d’affranchissement des règles d’autre part (faire fi de la « règle de la minute »), attitude que l’on attend inconsciemment d’un grand homme (femme) d’Etat.

Last but not least, nous avons poussé plus loin notre analyse des candidats pendant leurs introductions respectives. En mesurant et en analysant image par image les expressions faciales des candidats pendant l’introduction (11 047 images en tout), nous avons également pu constater des différences importantes entre les prétendants à la fonction suprême.

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En particulier, le profil émotionnel d’Alain Juppé, jugé grand vainqueur et candidat le plus convaincant (pour 31% des sondés) selon un sondage OpinionWay paru le lendemain du débat, se démarque par une grande proportion de joie (42% du total des émotions), contribuant sans doute à véhiculer une impression de maîtrise et de sérénité du candidat auprès des spectateurs pendant son introduction.

A contrario, Jean-François Copé a été perçu selon ce même sondage comme le moins convaincant du débat (2% des sondés convaincus), et présente étonnement le profil émotionnel avec la plus grande part d’émotions de peur (9% du total), expression faciale par nature anxiogène pour les spectateurs, mais aussi peu charismatique et peu appropriée aux prétendants aux postes de leaders.

Comme quoi,  un visage peut vraiment en dire long…sur la capacité à remporter une élection.

 

Références :

[1] Todorov, A. (2005). Inferences of Competence from Faces Predict Election Outcomes. Science, 308(5728), 1623-1626. http://dx.doi.org/10.1126/science.1110589

[2]  Willis, J. & Todorov, A. (2006). First Impressions: Making Up Your Mind After a 100-Ms Exposure to a Face. Psychological Science, 17(7), 592-598. http://dx.doi.org/10.1111/j.1467-9280.2006.01750.x

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